De l’Anthropologie de terrain a l’Archéologie funéraire :Le dolmen des Peirières a Villedubert (Aude, France) ou l’histoire complexe d’une tombe mégalithique entre Néolithique final et Campaniforme
Henri DUDAY1

1CNRS, UMR 5809 Laboratoire d’Anthropologie des populations du passé, Université Bordeaux 1, avenue des Facultés – 33405 Talence Cedex – France.

Découvert en 1972, le dolmen des Peirières à Villedubert (Aude) fait l’objet d’une fouille programmée depuis 1973, à raison d’une campagne mensuelle chaque année. Ce monument a donné lieu à une recherche thématique continue sur les méthodes spécifiques de l’Anthropologie de terrain dans le contexte particulièrement difficile des sépultures collectives néolithiques. Il présente par ailleurs un intérêt archéologique majeur dans la mesure où il a connu une histoire brève mais extrêmement complexe : ici encore, il a été nécessaire d’élaborer des méthodes originales pour décrypter les événements qui ont rythmé l’occupation du site et pour restituer les caractéristiques architecturales des monuments qui se sont succédé. Il s’agissait à l’origine d’un « classique » dolmen à couloir large construit au sommet d’une petite butte que coiffe le lambeau résiduel d’une ancienne terrasse de l’Aude ; après une utilisation relativement brève, les orthostates ont été abattus, le couloir, l’antichambre et le chevet ont été entièrement démontés et une « maison des morts » a été édifiée à l’emplacement de la chambre originelle. Les dépôts funéraires antérieurs ont été « vidangés » et pour une part déversés dans les gouttières créées par l’arrachement des montants du monument primitif. Aux dépôts funéraires qui caractérisent ce deuxième état est associé un mobilier relativement varié qui se rapporte exclusivement au complexe campaniforme. L’abandon définitif du site a été marqué par un nouvel épisode de destruction : les superstructures de la tombe ont été démontées et la tombe a été recouverte par une chape de gros galets et de fragments de grès qui constitue une véritable couche de condamnation.

Au terme d’un programme qui s’est donc développé sur près de trente ans, la présente communication a pour objet de dégager les acquis dans les divers domaines auxquels ce gisement nous a confrontés et de les situer dans un contexte plus général. Ces contributions abordent des champs aussi divers que les caractéristiques architecturales du mégalithisme régional, l’histoire des peuplements, la paléopathologie, les pratiques funéraires, la taphonomie du cadavre ou encore les interactions entre les dépôts funéraires et leur environnement immédiat, que celui-ci soit perçu dans sa dimension biologique ou géologique. Elles conduisent à une réflexion synthétique sur le fonctionnement même de l’Archéologie funéraire et sur la place que peuvent et doivent occuper les fouilles programmées vis à vis des opérations d’archéologie préventive.